Les emblèmes de la Bretagne forment un ensemble composite dont les origines, les âges et les fonctions divergent considérablement. Le bretagne embleme le plus connu reste le triskell, symbole à trois branches présent dans la culture celtique bien avant d’être associé à la région. Le drapeau breton, lui, est une création du XXe siècle. Entre une figure préhistorique et un drapeau conçu dans les années 1920, que dit chaque symbole de l’identité bretonne ?
Triskell et Gwenn ha Du : deux emblèmes bretons d’âges très différents
Le tableau ci-dessous met en regard les deux principaux symboles de la Bretagne selon leur origine, leur auteur supposé et leur fonction actuelle.
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| Symbole | Origine | Création / attestation | Fonction principale |
|---|---|---|---|
| Triskell | Préhistorique, puis celtique | Présent dès le IVe millénaire av. J.-C. (Newgrange, Malte) | Symbole culturel et identitaire |
| Gwenn ha Du | Mouvement breton moderne | Conçu par Morvan Marchal, présenté en 1925 | Drapeau régional officieux |
Ce décalage chronologique est central. Le triskell circule dans différentes cultures depuis des millénaires, tandis que le Gwenn ha Du est une invention délibérée, datée, attribuée à un auteur identifié. un emblème préhistorique et un drapeau du XXe siècle ne partagent pas la même logique : l’un a sédimenté du sens sur la durée, l’autre l’a construit par choix politique.
Le triskell breton : signification, origines et interprétations
Le mot « triskell » (aussi écrit « triskel » ou « triskèle ») vient du grec et désigne littéralement trois jambes. La figure peut prendre la forme de spirales entrecroisées ou de membres articulés en rotation, mais le principe reste constant : trois branches en symétrie cyclique, tournant dans le sens inverse des aiguilles d’une montre selon la tradition.
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Son ancienneté dépasse largement le monde celte. Des motifs de spirales triples sont gravés sur la pierre du tumulus de Newgrange, datant de 3 200 avant notre ère, et sur des temples mégalithiques de Malte. Ces contextes sont antérieurs aux Celtes, ce qui rend toute lecture strictement bretonne ou celtique anachronique.

Les interprétations courantes associent les trois branches à des triades : terre, mer et ciel ; eau, terre et feu ; passé, présent et futur. Ces lectures sont modernes. Aucun texte ancien n’atteste une signification officielle du triskell : les interprétations circulent par tradition orale et réappropriation culturelle, non par documentation historique.
Les significations attribuées aujourd’hui au triskell forment un ensemble ouvert :
- Triades cosmiques : eau, terre et feu, ou ciel, terre et eau selon les sources – deux versions coexistent sans qu’aucune soit validée par un texte de référence.
- Cycle de vie : enfance, âge adulte et vieillesse, ou passé, présent et futur – une lecture temporelle fréquente dans les usages contemporains.
- Divinités celtiques : certains rattachent les branches aux dieux Lug, Ogme et Dagda, sans que cette association soit documentée dans les sources primaires celtes disponibles.
La rotation du symbole porte aussi une charge symbolique : le sens anti-horaire est associé à la paix, le sens horaire au conflit. Cette convention reste propre à la tradition celtique moderne et ne se retrouve pas dans les contextes préhistoriques.
Le Gwenn ha Du : un drapeau breton construit, pas hérité
Le drapeau breton actuel, le Gwenn ha Du (« blanc et noir » en breton), n’est pas une bannière médiévale. Morvan Marchal l’a conçu dans les années 1920, et il aurait été présenté à l’Exposition des arts décoratifs de Paris en 1925. Son adoption progressive dans les décennies suivantes a transformé ce projet militant en symbole régional largement reconnu.
Sa lisibilité graphique est directement fonctionnelle : les bandes horizontales noires et blanches renvoient à la diversité interne de la Bretagne historique. Les bandes blanches représentent les pays bretonnants de Basse-Bretagne, là où le breton était (et reste partiellement) parlé, tandis que les bandes noires désignent les pays gallos de Haute-Bretagne, de tradition romane. Le drapeau se lit donc comme une carte linguistique autant que comme un emblème.
Dans le canton supérieur gauche, onze hermines disposées en quinconce reprennent un motif héraldique ancien. L’hermine figure dans les armoiries du duché de Bretagne depuis le Moyen Âge, ce qui ancre le Gwenn ha Du dans une continuité symbolique plus longue, même si le drapeau lui-même est récent.
Sa trajectoire n’a pas été linéaire. Des voix critiques lui ont reproché une inspiration trop marquée par Rennes ou une ressemblance avec des drapeaux étrangers. Son parcours illustre un fait récurrent dans l’histoire des emblèmes régionaux : un symbole identitaire devient légitime par l’usage, pas par décret.
Hermine et autres symboles de la culture bretonne
Au-delà du triskell et du drapeau, plusieurs motifs structurent l’iconographie bretonne.
- L’hermine : figure héraldique centrale depuis le duché médiéval. Elle apparaît aussi bien sur le drapeau que dans les armoiries officielles de nombreuses communes bretonnes.
- Le kroaz du : croix noire sur fond blanc, autre forme d’emblème régional parfois utilisée en parallèle du Gwenn ha Du dans des contextes militants.
- La bigouden et les coiffes : marqueurs visuels de l’identité bretonne dans la culture populaire, associés aux parures traditionnelles des pays de Cornouaille notamment.
Ces symboles n’ont pas le même statut : certains relèvent de l’héraldique officielle, d’autres de la culture populaire, d’autres encore de revendications politiques contemporaines. Les confondre revient à aplatir une histoire complexe.
Ce que révèle la coexistence de ces emblèmes bretons
La juxtaposition du triskell et du Gwenn ha Du dit quelque chose de précis sur la construction identitaire bretonne. Le triskell fonctionne comme un marqueur d’appartenance à une aire culturelle large – le monde celtique – qui dépasse les frontières administratives françaises et inclut le Pays de Galles, l’Irlande, les Asturies. Le drapeau, lui, opère à l’échelle d’un territoire défini, avec une géographie interne lisible.
Le triskell est porté, gravé, tatoué : il circule sur les corps et les objets. Le Gwenn ha Du flotte sur les maisons, les stades, les cortèges. Ces deux modes de présence dans l’espace public ne se substituent pas l’un à l’autre – ils adressent des registres différents de l’appartenance bretonne. L’un désigne une racine culturelle ancienne, dont les significations précises restent ouvertes. L’autre délimite un espace, avec ses deux langues et son histoire politique.

